Spectacles de magie & mentalisme !

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Histoire du mentalisme

- 1790 : Selon l’Oxford English Dictionnary, le terme “mentalisM” apparaît brièvement pour la première fois en 1790 dans les écrits de C. M. Graham. Il le définit comme l’opposé du terme “Materialism” (matérialisme en Français). Un “MentalisT” étant donc selon lui, quelqu’un plus orienté vers le mental que vers les satisfactions et plaisirs matériels.
Jusque là le terme n’existait pas. Ce premier sens a une orientation philosophique et métaphysique, qui ne sera que peu utilisée telle quelle ensuite.
- 1874 : Toujours selon l’Oxford English Dictionnary : Initié par le mouvement “New tought” (“la nouvelle pensée” en Français ), H. Maudsley, en 1874, étend le terme “mentalisM” au sens de développement personnel métaphysique. Victor Segno le définit comme ” L’action des trois plus grandes facultés de l’organisation mentale : la première est la pensée, la seconde l’énergie éthérique, la troisième la volonté…” (“La loi du mentalisme” 1902 V. Segno. Page 22 VO).
Ce courant de pensée voit dans le mental humain la source de phénomènes comme la télépathie, l’hypnotisme, le magnétisme curatif, les perceptions extra-sensorielles et vient en contre-courant du “Spiritualism”, très en vogue à l’époque.

Les articles dans la revue “Minds” (H. Sidgwick 1901) et “The law of mentalisM” (Victor Segno 1902) en sont représentatifs. L’école de la “Pensée Nouvelle” et ses divers courants, sont aussi représentés par Prentice Mulford (“Vos forces” version Française en 1895), William Walker Atkinson (“La Force-pensée” version Française en 1904), Turnbull (“Magnétisme personnel” version Française en 1904), Emerson, Victor Mauroy (“Le pur esprit, ou le mentalisme absolu et relatif” Bibliothèque artistique et littéraire1898)…

De son coté Victor Segno, prépare la création de “l’American Institute of MentalisM”, qui prendra vraiment sa dimension au tout début du siècle. (après la diffusion mondiale de son principal livre. “The law of mentalism“).

Ainsi en 1874, la définition du terme “MentalisM” était née et commençait sa diffusion comme courant de développement personnel.

- 1901 et 1902 : Victor Segno (parution de “The law of mentalism“) et Henry Sidgwik (“Minds“) utilisent régulièrement le terme “mentalisM” pour décrire “l’exploitation des capacités métaphysiques latentes de l’homme”. De par l’immense succès de son livre, Victor Segno démocratise le terme “MentalisM” dans le monde entier.

Jusqu’à cette date, le terme reste utilisé dans son sens premier, pour décrire une étude sincère et une véritable recherche dans le développement des capacités de l’être humain.
La base est que ” … la pensée n’est pas seulement intérieure mais s’irradie au travers de l’espace en y déterminant des répercutions conformes à sa teneur” comme le résume Paul Clement JAGOT.
“La pensée peut prendre des formes différentes et se manifester. Seuls les êtres doués de capacités psychiques peuvent les percevoir consciemment, bien qu’elle influe invisiblement sur les décisions, les tenants et les aboutissants des fonctionnements de ce monde. Le psychisme de l’être étant simultanément émissif et réceptif, il est en contact permanent avec une multitude de personnes. Les pensées sont des choses chargées de puissance” écrit Prentice Mulford.
- 1903 : En France, V. Segno fait déjà la promotion du “Club du succès par le mentalisMe”. (source : Voir Tracts d’époque en Français et en Anglais). On retrouve aussi une partie de sa promotion dans son livre en VO (The law of mentalism). Les “mentalisTs”, sont donc selon la définition première (celle qui est censée faire référence de par le principe d’antériorité), “ceux qui utilisent leurs capacités mentales de manière avancée en pratiquant le mentalisM”.

- 1903 : Le terme est déjà employé par les consultants pour des consultations privées de “mentalisM”. Mélange de médiumnité, channeling spirite, coaching, conseils et guérisons.

- 1905 : Première petite annonce pour des consultations privées de “mentalisM” dans un journal, à la rubrique “Occult”, pour des consultations privées d’une médium guérisseuse (1) Mary Stanley.

- 1905 : Norman Baker, de l’Iowa (US), créa dans le cadre d’un spectacle de théâtre, le personnage de Pearl Tangley , la “mentalisTe” Egyptienne (en réalité sa femme). Les premières références écrites pour ce spectacle datent de 1909 : Journal – Trenton Evening Times – 28 mai 1909 >> 2 Shows par jour pendant deux semaines à partir du 24 mai 1909 – Pearl Tangley, Egyptian MentalisT.” (3) (4)
- 1909 : Le lien avec l’utilisation du terme “mentalisM” en tant que divertissement (de salon ou de scène), est plus difficile à retracer précisément. Mais il se prépare dès 1909 (3)(4) par l’apparition du terme “mentalisT” dans le divertissement (soit plus de 35 ans après sa définition officielle par l’école de “New thought” ).

Il semble que l’évolution se soit faite petit à petit par une confusion (entretenue dans un seul but commercial semble-t-il par les prestidigitateurs de l’époque). (5)

A partir de cette date, il faut distinguer très clairement les deux mots : mentalisM et mentalisT.

Il est important de noter que depuis la fin du siècle précédent (XIX ème), les spectacles de “médiums de scène” étaient monnaie courante dans les théâtres. Mélange de voyance publique (par le biais de questions enfermées dans des enveloppes opaques), spiritualisme et hypnose.

- Dès 1909 : Les journaux parlent de “mentalisT”, mélangeant médiums (2), hypnotiseurs et prestidigitateurs, dans des spectacles de théâtre. (3). De nombreuses références journalistiques montrent qu’il faut attendre 1914/1915, pour que le terme “mentalisT” soit largement associé au divertissement. Il faut donc attendre 40 ans après sa définition, pour qu’il commence à être détourné de son sens véritable.

Si le terme “mentalisT” apparaît pour la première fois dans la revue privée “Sphinx” (revue dédiée à l’inexpliqué), le 15 mars 1906, pour décrire “William Broderson de San Francisco, mentalisT” (consultations privées); il faudra attendre (pour la même revue) décembre 1935 pour que le mot “mentalisT” soit utilisé dans le cadre de divertissements et spectacles (revue professionnelle underground et avant-gardiste “the Jinx” N° 70, page 168, décembre 1935 : “John B. Ward, magician and mentalist”).

A ce stade , un premier résumé s’impose : Il apparaît donc, chronologiquement, que le terme mentalisM (1874), popularisé par V. Segno (1902) a amené les consultants (spirites, médiums, thérapeutes…) a proposer des consultations privées de mentalisM (1903).

Puis, tous ceux qui sur scène, se livraient à d’apparentes (vraies ou fausses) prouesses mentales ont été ensuite appelés “MentalisT” à partir de 1909 par la presse.

La confusion a été savamment entretenue par les prestidigitateurs à la fois pour des raisons commerciales, publicitaires, mais aussi sous prétexte de lutter contre la propagation de pseudo-médiums spirites (ce qui n’a servi strictement à rien).

Attention, pour l’instant, les journaux et affiches ne parlaient pas encore de “mentalisM” dans le cadre de divertissements, mais seulement de “mentalisTs”.


On avait donc en 1909 :

- Le “mentalisM”, courant de développement personnel (dont V. Segno est un excellent exemple) et des “mentalisTs”.

- Le terme “mentalisT” regroupant lui, à la fois des consultants (pratiquant le “mentalisM” de développement personnel), mais aussi toutes les personnes se livrant à d’apparentes prouesses mentales sur scène : Hypnotiseurs, calculateurs prodiges, personnes à la mémoire prodige, médiums, clairvoyants… Mais aussi ceux qui les imitaient à l’aide de trucages et astuces diverses (duos de pseudo-télépathes, prestidigitateurs…)
- 1935 : On voit apparaître des cartes de visite de prestidigitateurs avec le terme MentalisT : ” The Jinx” N° 70, page 168, décembre 1935 : “John B. Ward, magician and mentalisT” ou Avril 1936, “The Jinx” N° 19 page 106 “Magician, and SupermentalisT : Pr Charles Peet”. On peut à cette époque noter la séparation des termes magicien et mentaliste.

x US du mot “mentalisM”, dans une revue de prestidigitation : “The Jinx” (revue très spécialisée dans les pseudo-démonstrations paranormales) pour décrire un tour de magie mentale “MentalisM with money” par Theo Anneman en décembre 1936 (page 168). Le terme mentalisM étant alors, dans ce cadre et pour la première fois, utilisé pour désigner “ce que pratique le mentalisT (de spectacle)”.

La boucle était bouclée et on attribuait là, pour la première fois au terme de “mentalisM”, le sens de “tour de magie”. Ce double-sens, qui est plutôt un gros contre-sens, était créé à partir de 1936 (soit plus de 60 ans après la définition du terme).

Mais pour l’instant il ne s’agissait que d’un terme appartenant au “jargon” professionnel des prestidigitateurs. Il n’avait pas encore atteint le public. Un peu comme le terme “carotte” décrit aujourd’hui, chez les géologues un prélèvement de sol, ou de glace fait à l’aide d’un grand tube au cours de forages. Alors que, lorsque l’on parle de “carotte”, nous pensons presque tous, dans un premier temps, au légume.

Le terme “MentalisM” avait, chez les prestidigitateurs de l’époque, un sens totalement différent du sens donné par le public (qui était celui de Victor Segno). Le vrai terme aurait été “pseudo-mentalisM”, puisqu’il décrivait des techniques destinées aux prestidigitateurs afin de simuler les phénomènes et expériences de “mentalisM” (exploitation des capacités humaines).
- 1943 : Dunninger, “conférencier, autorité en phénomènes spirites et phénomènes parapsychiques” (et non mentalisT), comme il se présente lui-même dans son livre “Inside the médiums cabinet”, Editions David Kemp 1935, (il dénonce ici les méthodes et trucs des pseudo-médiums et pseudo-spirites), lors de ses très célèbres émissions radiophoniques, démocratise l’usage du terme “mentalisT” et “mentalisM” aux US, auprès d’un public très large (alors que ce terme était réservé auparavant au jargon professionnel des prestidigitateurs).

A partir de cette date, dans la communauté des prestidigitateurs, les mots mentalisM, pseudo-mentalism et mentalisT, seront communément employés, à la place de “pseudo-mentalism” et “pseudo-mentalist”.

- 1944 : Le terme se généralise aux US auprès de tous les prestidigitateurs à partir de la série d’articles de Bob Nelson, dans la revue professionnelle”The linking rings“. Le mot “mentalisM” prenant alors, son deuxième sens (et premier contre-sens), celui d’un “divertissement de magie mentale”, pratiqué par des prestidigitateurs appelés à tort “MentalisTs” (au lieu de “pseudo-mentalists”).
Simultanément le “mouvement de la Pensée Nouvelle” continue d’être très actif et multiplie les parutions dans diverses langues (“mentalisM” au sens premier de développement personnel), dont le “Club du succès de Victor Segno”. Nous sommes déjà là dans la situation délicate où un mot désigne deux concepts totalement opposés.

- 1955 : Pour la France, le livre de Georges Kaplan “Les merveilles de la prestidigitation” Editions Payot 1955, traduction de “Fine art of magic” (Fleming book 1948), introduit le terme de “MentalisMe” de divertissement, page 143 : “Autres tours de mentalisme”.
Il est à noter que les autres livres de l’époque (aussi traduits de l’americain), comme “ La prestidigitation du XX ème siècle” J. Hilliard, (Editions Payot, 1960) ou le “Précis de prestidigitation” de Bruce Elliott, (Payot 1952) n’emploient pas le terme de mentalisMe.
Ils utilisent par contre : Télépathie truquée, magie mentale, lecture de pensée truquée…
Le terme “mentalisMe” des prestidigitateurs, devrait donc être, pseudo-mentalisme.

- 1990 : Le terme “MentalisT” fait son apparition dans divers jeux de rôle, sous la forme d’un personnage mythique aux pouvoirs paranormaux presque illimités.

- 2003 : Publication du livre/enquête “Mentalisme, ces pouvoirs que nous avons tous” de Pascal de Clermont (mentaliste) et Pascal Colombani (journaliste d’investigation), aux Editions Carnot.
Ce livre est le premier depuis “The law of mentalism” (Victor Segno, 1902), à utiliser les termes “mentalisMe” et “mentalisTe”dans leur sens initial.

- 2005 : Divers livres et encyclopédies en ligne affirment, à tort, que le premier “mentalisTe” aurait pratiqué son art durant la renaissance vers 1550, sous de multiples noms, dont Girolamo Scotto (décédé autour de 1606), ou Hyeronimus Scotto de Parma (Italie). Il s’agit là de propagande articulée autour d’un grossier mensonge !

Scotto est l’un des premiers, (si ce n’est le premier), prestidigitateurs dont on possède des représentations précises (entre autre de son visage). Il était un spécialiste des cartes, une partie de ses méthodes est décrite dans un petit pamphlet de 8 pages “Secreti di natura maravigliosi” del Sig. Gieronimo Scotto Piasentino. (“secrets de nature merveilleuse” en Français)
Cet ouvrage de 10 tours, centre sur des mouvements rudimentaires pour tricher aux cartes. Et présente, entre autres, un effet où le magicien semble deviner la carte pensée par un spectateur. On lui attribue aussi quelques expériences de télépathie simulée et de divination utilisant le nom de personnes vivantes ou décédées (expérience connue sous le nom “living and dead test”).
Quoi qu’il en soit, le fait de simuler des capacités extra-sensorielles ne fait pas de lui un mentaliste, ce mot n’existait pas à cette époque. Déjà plusieurs siècles auparavant, les prêtres dans les oracles égyptiens ou grecs utilisaient divers truquages. Tout simplement parce que ce mot n’était pas encore inventé ! Puisque la première trace écrite du mot date du 18 ème siècle (1790) comme les paragraphes précédents l’expliquent.

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